Du sentiment de rejet vers l’amour de soi

Dans mes articles précédents, j’ai présenté l’approche que je pratique et certains outils que j’utilise pour aider mes clients à trouver un mieux-être. Maintenant, je vais vous expliquer d’où je suis partie quand j’ai fait le choix de devenir thérapeute en relation d’aide. Des événements marquants de mon histoire personnelle ont créé en moi la difficulté de croire en ma valeur comme fille, puis comme femme. En vous donnant des exemples de mon vécu, je souhaite mettre un baume sur les difficultés que vous éprouvez. J’aimerais que vous puissiez vous inspirer du travail sur soi pour croire que des jours meilleurs sont possibles.

Aujourd’hui, j’aborderai un sujet qui touche tout le monde : le sentiment de rejet. À divers degrés, nous faisons tous l’expérience du rejet, par exemple un refus à la suite d’une demande d’admission à un programme d’études ou d’une demande d’emploi. Une rupture amoureuse, un congédiement ou l’omission par un groupe d’amis de vous inviter à un événement, etc., peuvent tous être vécus comme un rejet, ce qui est un sentiment tout à fait normal. Cependant, lorsque ce sentiment devient récurrent dans la majorité de nos relations et entraîne de l’isolement, des comportements de rejet, d’évitement et de fuite dans nos relations, on peut parler de dysfonction. Pendant des années, j’ai connu cette réalité. Les premières expériences marquantes de rejet dont je me rappelle, qui comptent d’ailleurs parmi les plus intenses, sont liées à la relation avec mon père. 

D’abord, je tiens à préciser que mon père est un homme de grande importance pour moi. Il m’a inculqué des valeurs sur lesquelles je m’appuie dans ma vie d’adulte, entre autres la valeur du travail, de la nature, du matériel ainsi que de notre corps, dont l’importance de l’alimentation et de l’activité physique pour en prendre soin. Je lui en suis d’ailleurs profondément reconnaissante. Je garde ces ressources en moi, elles sont une force sur laquelle je peux m’appuyer lorsque tout bascule dans ma vie, et elles me servent de repères.

Cependant, mon père est un homme très intense et affirmé. Enfant, j’étais hypersensible, timide et réservée. J’étais terrifiée à l’idée d’être jugée par lui. Pour me protéger de ce sentiment, je me suis soumise et effacée. Mon comportement ne m’a malheureusement pas empêchée de vivre du rejet et d’avoir le sentiment en tant que fille d’être sans valeur à ses yeux. L’exemple qui suit illustre bien la dynamique qui se jouait entre nous deux.

J’ai environ sept ans quand mon père, qui est en train de s’habiller au sous-sol pour aller soigner les animaux crie après mon frère pour qu’il descende et s’habille. Mon frère ne coopère pas, car il n’a pas envie d’y aller. Ils se crient par la tête l’un l’autre. Je suis au premier étage et je les entends. Toute enthousiaste, je descends l’escalier en courant et dis à mon père : « Je vais y aller, moi, soigner les animaux. Je veux y aller avec toi, papa. » Mon père me répond alors de façon très directe, le bras tendu et le doigt pointé : « Toi, va aider ta mère, tu as du ménage à faire. » À ce moment-là, j’ai figé. Je me suis sentie rejetée. Je n’ai rien dit et, ravalant mes émotions, je me suis soumise en obéissant à la demande de mon père. Je suis simplement allée nettoyer le lavabo.

Mon discours intérieur et silencieux rejetait mon père. Je me privais de la possibilité de me sentir aimée, vue et importante pour lui. Encore plus important, j’ai adopté une attitude d’autocritique dans laquelle je me répétais sans cesse que je n’avais aucune valeur et ne méritais pas d’être aimée. Après tout, je n’étais qu’une fille !

Me sentir jugée et rejetée par mon père, puis me juger et me rejeter moi-même sans arrêt ont bien sûr créé une très grande souffrance en moi, celle de la dévalorisation.

Durant toute mon enfance et mon adolescence, cette dynamique relationnelle a perduré.  J’ai cherché à être vue et valorisée par mon père. Sa réaction a déclenché un sentiment de rejet dont je me suis défendue en le rejetant. Mais au fond, le plus grand rejet était celui que je m’infligeais en me dévalorisant continuellement en tant que femme et en tant que personne. J’ai dû faire un grand travail intérieur pour bâtir l’amour de moi-même sur le plan relationnel.  

Le travail sur moi-même m’a permis d’apprendre que je suis une femme de cœur, une femme sensible, émotive, intuitive, chaleureuse, attentionnée, douce et généreuse. J’ai longtemps cru que pour être aimée de mon père, je devais me montrer forte, rationnelle, dure et insensible.  J’ai aussi cru que pour avoir l’amour de mon père je devais être un homme. En sortant du regard de mon père, je suis arrivée à m’accueillir comme femme d’abord. J’ai ensuite réussi à m’accueillir dans ma passion pour les relations humaines. Voilà pourquoi j’ai choisi de faire plus de 3 000 heures de formation au Centre de relation d’aide de Montréal afin de devenir thérapeute en relation d’aide auprès des adultes, des couples, des familles.  Mes formations me permettent aussi d’être consultante auprès des propriétaires-dirigeants et des gestionnaires.

Grâce à l’acceptation et en prenant la responsabilité de répondre moi-même à mes besoins par mes actions dans ce sens, j’ai appris à me voir comme la femme de valeur que je suis réellement et à me laisser voir ainsi par autrui. 

Mais attention ! Il m’arrive encore de vivre du rejet même dans ma vie adulte actuelle. Cette tendance à me dévaloriser en tant que femme demeure un piège sensible lorsque surviennent des événements déclencheurs. Par contre, avec le temps, ces sentiments très douloureux durent moins longtemps. J’apprends à en prendre soin. En faisant preuve de compassion envers cette blessure intérieure et en ne me rejetant pas, j’arrive à exister authentiquement dans mes relations. Même avec mon père, j’y arrive de plus en plus. 

J’aimerais maintenant donner l’exemple d’une interaction qui m’a particulièrement touchée et qui montre bien que ma relation avec mon père a changé.

À l’occasion d’une visite chez mes parents, j’ai laissé un album photo de mon dernier voyage en Espagne avec deux de mes fils et deux de mes nièces. Le lendemain, j’ai reçu un message-texte de mon père sur mon cellulaire. Accompagné d’une photo de moi, le message disait : « Photo qui représente une jeune femme pour qui tout est possible et qui a mis de la brume dans mes lunettes (émoticône « Cœur ») ». La lecture de ce message m’a fait chaud au cœur. Quelques heures plus tard, paradoxalement, un déferlement d’émotions m’a envahie et je me suis mise à pleurer toutes les souffrances de dévalorisation et de rejet vécues dans mon histoire avec mon père. D’habitude, j’aurais résisté à ces émotions souffrantes en les jugeant, ou je les aurais transformées en colère contre mon père. Ce jour-là, j’ai décidé de faire autrement. En ouvrant d’abord mon cœur à mes souffrances passées et en les libérant, j’ai pu accueillir la grandeur du message d’amour que je venais de recevoir. Je me suis sentie vue et valorisée par mon père en tant que femme. Je lui ai alors répondu : « Wow ! Merci beaucoup pour tes bons mots (émoticône « Sourire », Touché !). Ton message me fait vraiment chaud au cœur. Je t’aime. » Il a ensuite ajouté : « Toutes les photos sont belles, mais celle-là montre bien la jeune femme épanouie que tu es devenue, bravo, XX ». Ce à quoi j’ai répondu : « Double Wow ! Ce sont d’immenses cadeaux que tu m’offres là. Je me sens aimée, reconnue et propulsée dans ma confiance en moi. Merci mille fois ! ». À ce moment-là, je me suis sentie bouleversée et fière de la femme que je suis dans ma relation avec mon père !!

Bien sûr, ce n’est que l’un des moments qui jalonnent le chemin de la transformation du sentiment de rejet vers l’amour de soi. J’en ai vécu beaucoup et je nous souhaite d’en vivre d’autres dans le futur. Ma capacité de reconnaître ma valeur réelle en tant que femme restera sans doute un espace vulnérable chez moi. Néanmoins, chaque fois que je me permets de ressentir ma blessure de dévalorisation, je récupère du même coup la possibilité d’en prendre soin, et je l’apaise un peu. Le plus beau dans tout ça, c’est l’amour de moi-même. Je porte le sentiment de plus en plus sincère que j’ai de la valeur en tant que femme et que je mérite l’amour des autres.

Vous vous êtes peut-être reconnu(e) dans certains aspects de cet exposé ? Si c’est le cas, j’espère que votre lecture sèmera en vous l’espoir qu’il est possible de transformer les fonctionnements relationnels qui vous emprisonnent dans la souffrance du rejet et du non-amour de soi. Je vous souhaite surtout de prendre conscience que vous n’êtes pas seul(e) et qu’il n’est pas nécessaire de souffrir dans l’isolement et le silence. Il est normal d’avoir peur de revivre du rejet, d’avoir mal ou de souffrir. Je vous propose de faire un petit pas à la fois. Pour faire un pas, il suffit par exemple de téléphoner à un ami de longue date, de sourire à un inconnu durant une promenade ou de dire bonjour à un voisin. Si vous en sentez le besoin, vous pouvez également demander à un spécialiste en relations de vous accompagner. Mon prochain article portera sur l’affirmation de soi.  

 

6 réflexions au sujet de “Du sentiment de rejet vers l’amour de soi”

  1. Tu as mis de la buée dans mes lunettes aussi…c’est fou ce que un commentaire peut laisser comme marque dans notre vie…je vous souhaite de vous retrouver de plus en plus dans cette relation père-fille…longue vie à vous deux…

  2. Merci belle Isabelle… L’amour du Père pour sa fille est très structurant et essentiel pour la personnalité. Je crois que ton article tombe à point, mon père aussi je l’ai jugé et dernièrement, une marque d’affection de sa part m’a fait réaliser que je l’ai rejeté ! Pourtant, on n’a qu’un père et donc je te dis « Bravo  » et je suis heureuse pour cette réalisation qui te libère. Un gros câlin.

  3. Theriault, Louise

    Bravo Isabelle,
    Beau texte, quelle belle capacité à te responsabiliser et à transformer ta relation à ton père. WoW, touchant 😘

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