Quand l’identité est liée au symbole de l’argent

Au cours de ma recherche portant sur la quête de la valeur personnelle, je me suis penchée sur la place de la valeur de l’argent chez une personne. Nous vivons dans une ère de consommation. Comment se fait-il que l’identité de certaines personnes soit liée au symbole de l’argent ? Que ce soit par l’accumulation de biens ou par une générosité dépassant leurs moyens financiers, chez elles, l’argent est le symbole de leur monde affectif. Elles croient à tort que leur valeur personnelle est liée à celle de leur consommation ou des biens accumulés. Dans cet article, nous allons d’abord voir ce que dit la psychanalyste llana Reiss Schimmel sur le rapport à l’argent. Nous explorerons ensuite un exemple qui démontre comment peut se construire un tel fonctionnement qui amène l’individu à être malheureux. Nous terminerons en abordant des pistes permettant d’inverser le processus de valorisation, c’est-à-dire d’aider la personne à trouver sa valeur personnelle.

L’argent est un objet et un moyen, une ressource pour arriver à ses fins. Il est un symbole universel de la valeur. Voici ce que dit l’auteure et psychanalyste Ilana Reiss-Schimmel, dans son livre La psychanalyse et l’argent. Elle reprend les grandes lignes de ce que dit Freud, le fondateur de la psychanalyse, au sujet du rapport à l’argent.

« C’est l’amour pour l’objet qui détermine la valeur symbolique affectée… S’agissant de l’argent, l’appropriation par l’enfant d’une signification venant du monde des adultes est explicitement évoquée… »¹

En résumé, selon Freud, lorsqu’un l’enfant observe chez son père ou sa mère un amour pour le symbole de l’argent, l’identification au symbole de l’argent peut se déclencher. Intérieurement, l’enfant qui porte une carence dans son besoin d’amour et de reconnaissance se crée une fausse croyance. Deux chemins sont possibles; s’il observe chez un parent l’amour pour l’accumulation de biens, il peut penser que s’il a telle ou telle possession, il sera aimé. S’il observe qu’un parent est dans le don excessif de soi, il pourrait comprendre que s’il s’appauvrit, il sera aimé. En psychologie, on peut dire que l’enfant déplace ses besoins affectifs relationnels sur le symbole de l’argent, ce qui le prive de la nourriture affective d’amour, de reconnaissance et d’affiliation avec ses parents.

J’ai reçu en thérapie une femme aux prises avec ce fonctionnement insatisfaisant. Au moment où je l’ai rencontrée, elle ne se sentait pas vue ni reconnue dans sa vie d’adulte. Dans sa vie personnelle et professionnelle, elle n’avait jamais appris à valoriser ses besoins affectifs. Enfant, elle ne se sentait pas aimée ni valorisée par son père. Elle avait dix ans lorsque son père lui a demandé d’exécuter une tâche, celle de sabler et peindre un balcon. Elle a accompli la tâche assidûment, dans l’espoir inconscient d’être vue et reconnue par son père. Un dimanche, elle a entendu sa mère dire à son père, il me semble qu’elle pourrait arrêter, c’est tout de même dimanche. Son père a répondu : « Laisse-la faire, elle va faire de l’argent ». À ce moment précis, quelque chose dans son identification s’est cristallisé en elle. Elle venait de s’identifier à la valeur de l’argent. Elle a cru qu’en se pliant à ce que son père voulait, c’est-à-dire l’importance de faire de l’argent, elle se sentirait aimée et reconnue. Elle a alors également appris qu’il n’était pas important de s’occuper de ses besoins. Loin de sentir son besoin de repos ou de faire une pause, elle a adopté un mode de fonctionnement reposant sur la performance. Malheureusement, ses besoins affectifs sont restés insatisfaits. Elle ne s’est pas construit un sentiment d’exister et d’avoir de la valeur comme personne aux yeux de son père. Elle est demeurée en retrait dans sa relation avec son père, et dans l’attente qu’il réponde à ses besoins d’amour et de reconnaissance.

À l’âge adulte, elle portait encore en elle un vide lié à son identité. Elle cherchait sa valeur dans l’acquisition de biens ou l’importance de son salaire. Elle plaçait toute sa valeur à l’extérieur d’elle-même, et en était très malheureuse. Avec cette cliente, nous avons abordé le vide qu’elle portait et surtout le sentiment de n’être rien. Prenant conscience de son identification au symbole de l’argent, elle a réussi à accueillir à quel point elle se sentait démolie. Avec moi, elle a pu connaître et amorcer le processus d’identification. Nous avons fait un travail d’identification de ses ressources, ses forces, ses talents et ses qualités. Au cours des séances, elle a noué avec moi le lien affectif qui lui avait tant manqué dans la relation avec son père, par peur de ne pas être aimée et importante. À travers mon regard, elle a commencé à se donner de l’amour et de l’importance en nommant son besoin d’être vue et reconnue. Elle ne plaçait plus toute sa valeur à l’extérieur d’elle-même. Elle a pu recevoir l’amour, la valeur et l’importance dont elle avait besoin pour faire des choix et se créer une vie lui ressemblant. Elle est ainsi parvenue à sortir d’un mode de fonctionnement reposant sur la performance; en respectant ses limites, elle a fait le choix de mettre fin à certaines activités et de changer de travail pour en choisir un autre plus adapté à son rythme. Cette cliente a utilisé une autre ressource : le mécanisme de protection de son entourage; elle a ainsi choisi de s’ouvrir à des gens capables de l’entendre et de répondre à ses besoins d’amour et de reconnaissance. Elle est manifestement plus heureuse dans sa nouvelle vie.

Comme nous venons de le voir avec l’expérience de cette cliente, il est possible de trouver sa valeur. Par la prise de conscience de l’identification à la valeur de l’argent, de l’accueil du vécu sous-jacent, le thérapeute en relation d’aide accompagne la personne pour traverser les étapes du processus de transformation menant à une vie plus heureuse et plus satisfaisante.  Le travail avec un thérapeute formé à l’ANDC (approche non directive créatrice) aide la personne à retrouver un sentiment de valeur personnelle, un encouragement à Être et à connaître son identité.

En terminant, j’aimerais vous proposer un retour vers vous-même; vous êtes-vous reconnu(e) dans cet article ? Si vous êtes honnête avec vous-même, entretenez-vous un rapport sain avec l’argent ? Vous défendez-vous de malaises par l’accumulation de biens ou une trop grande générosité qui vous appauvrit? Privilégiez-vous la performance, au point de rester insatisfait(e) de votre besoin de reconnaissance ? Trouvez-vous difficile de vivre un échec? Ou, au contraire, avez-vous une facilité à vivre selon vos moyens, à sentir vos limites, vos besoins et vos ressources ? Je vous accompagnerai avec plaisir si vous en sentez le besoin.

  • REISS-SCHIMMEL, Ilana, La psychanalyse et l’argent, Paris, Éditions Odile Jacob, 1993.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *